Albania

2013 : une année faste pour la littérature albanaise en français

vendredi 22 novembre 2013 par en , Evelyne Noygues

Cela faisait longtemps que le public francophone n’avait pas eu un choix aussi large d’oeuvres littéraires d’auteurs albanais publiées par des maisons d’éditions en France et en Belgique.

Retrouvez cet article sur Facebook

2013 est une année faste ! Un témoignage Fugue pour un violon seul de Tedi PAPAVRAMI et plusieurs romans : Le boléro dans la villa des vieux de Fatos KONGOLI, Terre brûlée de Dashnor KOKONOZI, Une petite guerre parfaite d’Edlira DONES, Balades littéraires en Albanie de Safet KRYEMADHI, Je m’appelle Europe de Gazmend KAPLLANI et La Mariée était en rouge d’Anilda IBRAHIMI. Et la liste reste ouverte d’ici la fin de l’année !

 

Safet KRYEMADHI : Balades littéraires en Albanie

Le mot de l’éditeur : Ovadia

La fable est la soeur aînée de l’histoire, disait Voltaire. En Albanie, pays grisé de mémoire et de rêves, toutes deux ont enfanté des héros sans nombre. Réels ou légendaires, princes ou escrocs, oubliés ou célèbres, écrivains ou aventuriers, ces héros arpentent les chemins buissonniers de la littérature, au détour desquels l’anecdote côtoie la tragédie.

 

Ensemble, ils esquissent le visage d’une Albanie méconnue, tour à tour orgueilleuse, farouche, tendre et intrépide, qui traverse les époques au hasard de son destin. Les guides de ces balades littéraires ont pour noms Elena et Ismail Kadare, Valery Larbaud, Faik Konica, Alexandre Dumas, Bessa Myftiu, Raymond Queneau, Pashko Vasa…

Safet KRYEMADHI vit en Belgique. Successivement libraire, correcteur, professeur de haute école, assistant parlementaire, conseiller à la mairie de Bruxelles. Il publie régulièrement dans la presse belge et française des textes sur la géopolitique, les Balkans et la littérature.

 

Gazmend Kapllani : Je m’appelle Europe

Roman traduit du grec par Françoise BIENFAIT et Jérôme GIOVENDO

Après avoir été publié à Athènes en 2010, le nouvel ouvrage Je m’appelle Europe de Gazmend Kapllani sort à Paris. Il explore cette fois-ci la façon dont l’immigration a modelé destins individuels comme représentations collectives.

2014 : le livre de Gazmend Kapllani a été sélectionné « coup de cœur » par les bibliothécaires de la ville de Paris dans la catégorie romans européens.

Le mot de l’éditeur : Intervalles

Je m’appelle Europe témoigne de la vie apparemment ordinaire d’un immigré qui s’immerge dans une nouvelle culture. C’est le roman d’une renaissance : découverte d’une autre langue, initiation aux sens cachés derrière les mots et expressions les plus banals, exploration de l’étrangeté fondamentale du statut d’immigré dans une société en proie à de nombreux démons, apprivoisement de l’autre au moment de nouer les premiers liens affectifs dans une nouvelle patrie.

Une curiosité insatiable envers tous ceux qui, comme lui, ont dû s’inventer un nouveau moi, un nouveau présent, amène le narrateur à laisser parfois la parole à d’autres migrants, venus des quatre coins du monde, et qui racontent leurs parcours souvent extravagants, la manière dont ils essayent de se retrouver dans leur histoire personnelle, pleins de désespoir, de résignation ou d’énergie.

Les pages de ce roman comptent parmi les plus subtiles qui aient été écrites sur cette expérience si particulière consistant à changer de langue. Je m’appelle Europe confirme tout le talent que la critique française et étrangère a reconnu à Gazmend Kapllani. Un talent qui fait de lui l’une des voix les plus précieuses de la littérature européenne contemporaine.

Gazmend KAPLLANI est né en 1967 en Albanie. En janvier 1991, il immigre en Grèce, où il travaille tout en poursuivant des études à l’université d’Athènes où il soutient un doctorat sur la représentation des Albanais dans la presse grecque et des Grecs dans la presse albanaise.

Critiques

« Gazmend Kapllani fait la part belle à des réflexions sur les liens que l’on tisse avec une langue étrangère. Les pages les plus originales sont celles qu’il réserve à son expérience de l’apprentissage d’une nouvelle langue et le plaisir, presque sensuel, de la faire sienne. » Notes bibliographiques

« Il y a la langue, bien sûr, qui représente le premier pas essentiel, la première barrière à franchir après la frontière, mais il y a également tout ce qui habite le quotidien » Stéphanie Joly, Paris-ci la culture

« Lire Kapllani, c’est dire merde pour un moment aux pensées toutes faites et aux statistiques serinées au JT, ne plus penser en pourcentages et autres quotas pour regarder les hommes qui se cachent derrière. C’est être un peu plus humain soi-même » Bertrand Guillot

 

Tedi PAPAVRAMI : Fugue pour un violon seul

Paru en avril, Fugue pour un violon seul de Tedi Papavrami.

Dans ce témoignage bouleversant, le grand violoniste raconte son parcours d’enfant prodige en Albanie et son passage à l’Ouest dans les années 1970, vers la liberté, alors que l’Albanie s’enfonce dans l’isolement et la répression sous le joug de son dictateur Enver Hoxha.

 

Le mot de l’éditeur : Robert Laffont

Tedi Papavrami grandit, entouré de son père Robert, violon solo de l’orchestre de l’opéra de Tirana et brillant professeur de violon au conservatoire, et de sa mère, programmatrice musicale à la radio d’État.

Dans leur maison épargnée par le découpage communautaire, Tedi est aussi entouré de l’affection de sa grand-mère et de son grand-père, Dodo, médecin à la retraite qu’il admire. Malgré son exigence démesurée et son peu de foi en son fils unique trop gâté, Robert Papavrami découvre chez Tedi des prédispositions tout à fait exceptionnelles pour le violon dès l’âge de quatre ans. L’enfant un peu paresseux ne cesse de chercher des subterfuges pour ne pas travailler, mais sous la férule intransigeante et intraitable de son père, il va développer techniquement et artistiquement ses dons.

À huit ans seulement, il se produit en concert avec l’orchestre philharmonique de Tirana et sa virtuosité hors du commun, sa vélocité fulgurante sont remarquées. Un flûtiste français, Alain Marion, conquis par ce jeune prodige, obtient pour lui une bourse en France où il débarque à l’âge de onze ans, à la fois effrayé et émerveillé par cet " autre monde " qui lui avait toujours paru inaccessible. Sous la direction du grand violoniste Pierre Amoyal, Tedi prépare le concours d’entrée au Conservatoire national supérieur de musique de Paris qu’il réussit brillamment.

Son père, venu l’accompagner quelques mois, doit cependant repartir au pays. Tedi reste alors seul, livré à lui-même, cantonné dans un appartement lugubre de l’ambassade, entouré d’un personnel froid et hostile. Pour ne pas succomber à la détresse d’une telle situation, il va se plonger corps et âme dans la pratique de la musique et dans la lecture. À la fin de ses études, désireux de continuer une carrière prometteuse qui serait compromise par un retour en Albanie, Tedi et ses parents, qui l’ont rejoint à Paris, demandent l’asile politique. Leur famille restée en Albanie va payer leur liberté d’un prix très lourd : ses grands-parents et la famille de sa mère sont déportés et internés jusqu’à la chute du régime, en 1991. De retour en Albanie pour une tournée deux ans plus tard, Tedi y reverra son grand-père avant sa disparition.

A lire l’interview d’Adela Kolea : “Në një autobiografi, mund të prekësh ndjenja që i përkasin të gjithëve.” te Albania News

 

Dashnor KOKONOZI : Terre brûlée

Roman traduit de l’albanais par Evelyne NOYGUES

Sorti en septembre, le roman Terre brûlée de Dashnor KOKONOZI est l’une des premières œuvres de fiction à traiter du thème des « pyramides financières ». L’intrigue entremêle des évènements familiaux douloureux, l’histoire d’une transition démocratique difficile et l’héritage d’un régime autoritaire.

Samedi 12 avril 2014 de 15h à 17h : dédicace de l’auteur à la librairie Tirloy, 63 rue Esquermoise, à Lille.

A cette occasion, Dashnor Kokonozi participera à une discussion sur l’année 1997 en Albanie et le phénomène des pyramides financières.

 

Le mot de l’éditeur : Non Lieu

Au mois de mars 1997, l’Albanie est secouée par une crise sanglante, due à l’effondrement des sociétés financières, largement mafieuses, dites "pyramidales". Il est rare de rencontrer quelqu’un qui n’ait pas été victime de ce système et, sous le regard des journalistes du monde entier, beaucoup d’Albanais descendent dans la rue, ruinés par les malversations qui ont plongé le pays dans le chaos.

Lors d’un voyage dans le village de son école, en compagnie d’un journaliste autrichien à qui il sert d’interprète, Niko prend conscience de la désolation et du désespoir qui ont envahi l’Albanie profonde.

Dans ce pays au bord du gouffre, chacun vit sous un ciel encombré de balles traçantes. Chacun retient son souffle en espérant ne pas être la victime anonyme d’un désespéré qui exorcise sa peur en tirant en l’air. La catastrophe tant redoutée par Niko se produira. Le naufrage d’une nation entière trouvera alors sa résonance dans le drame personnel qui l’anéantira.

Dashnor KOKONOZI est journaliste, écrivain et essayiste. Terre brûlée est son deuxième roman, le premier publié en français.

Le point de vue d’une lectrice : une lecture forte !

Au hasard des services de presse je suis tombée sur ce livre. Je ne connais pas l’Albanie mais je me souviens des évènements tragiques qui ont eu lieu dans ce pays, la chute des sociétés financières pyramidales, l’exode à travers la Mer Adriatique...Ce livre est poignant, sobre, presque hypnotisant. On voyage sur une terre presque féodale qui se télescoperait avec la modernité en une nuit. Les gens sont impactés, les valeurs explosent. Ce livre dramatique, parfois tragi-comique, puissant et sincère m’a beaucoup touchée. (Bérénice à Paris)

Sur la blogosphère :
- Site du CREE/Inalco : http://www.cree-inalco.fr/?page_id=543
- Site professionnel de l’auteur Claude Cahtron-Colliet : http://leseauxvives.blogspirit.com/ http://leseauxvives.blogspirit.com/...

- http://www.lalibrairie.com/tous-les...

 

Anilda IBRAHIMI : La Mariée était en rouge

Roman traduit de l’italien par Maïra MUCHNIK avec la collaboration de Delphine DELEFOSSE.

Au début du XXe siècle, dans un village isolé des montagnes albanaises, Saba est mariée de force pour solder une dette de sang. Longtemps après, elle et sa petite-fille Dora se décident à raconter leur histoire et celle de leurs proches. Des vies dominées par la violence, entre la loi clanique, les vengeances qui passent les générations et la brutalité policière du régime communiste.

Le mot de l’éditeur : Books Edition

Inspirée par l’histoire de ses ancêtres, la romancière Anilda Ibrahimi retrace sur quatre générations, de la Seconde guerre mondiale à la chute du Mur, les destins tourmentés de femmes en buttes aux traditions.

Anilda IBRAHIMI est née en Albanie en 1972. Elle vit aujourd’hui à Rome où elle travaille pour le Conseil Italien aux Réfugiés. La mariée était en rouge est son premier roman. Très remarqué à sa sortie en Italie, il a remporté plusieurs prix littéraires dont le prix national Corrado Alvaro.

 

 

Fatos KONGOLI : Le boléro dans la villa des vieux

Roman traduit de l’albanais par Edmond TUPJA

En librairie en mai, le roman de Fatos KONGOLI, Le boléro dans la villa des vieux, entraine les lecteurs dans la vie apparemment insipide de Parashqevi, aide-soignante à Tirana, qui devient la gouvernante et la bonne à tout faire d’un couple âgée... Que faire de "ses vieux" dans la société d’aujourd’hui !

 

Le mot de l’éditeur : Rivages

Parashqevi travaille comme aide-soignante dans un hôpital de Tirana. Une existence morne et solitaire, dont elle n’attend déjà plus grand-chose.

Un jour, son chef de service lui présente un homme riche et influent qui recherche une personne de confiance pour s’occuper à domicile de ses parent âgés ; Un couple de petits vieux bien étranges, avec leurs rituels et leurs chamailleries, leur arrogance et leur gentillesse, et toutes leurs histoires accumulées par des décennies de vie commune. Une familiarité qui éveille en Parashqevi des échos lancinants…

Mathématicien de formation, Fatos KONGOLI a publié sept romans aux éditions Rivages, dont Le Paumé, Le Dragon d’Ivoire et Tirana blues.

Le point de vue d’une lectrice

Dans les romans de Fatos Kongoli, les personnages ne sont pas franchement sympathiques. Ni totalement antipathiques. Il en va de même dans "Le boléro de la villa des vieux", l’un des plus enthousiasmants qu’ait écrit l’écrivain albanais, l’un des rares aussi où il est permis de sourire, et peut-être même parfois de rire, au milieu des grincements de dents.

Son héroïne se voit laide. Ses collègues l’affublent de surnoms de laideron au degré de développement intellectuel proche de zéro. Non seulement elle n’est pas belle, mais en plus on la tient pour bête… Sans parler de son prénom démodé : Parashqevi ! C’était le nom de sa grand-mère. C’est un oiseau tombé du nid qui vit sous le poids d’un terrible secret, sous l’emprise de ses sens.

D’une plume acérée, Kongoli fait passer le flux des émotions et de la névrose d’une jeune femme emmurée vivante dans la société albanaise. Pour les ponctuer, il installe quelques ombres malveillantes : la fille et l’ancienne belle-fille du couple de personnes âgées à qui l’héroïne sert à la fois d’infirmière et de domestique.

Au début du livre, on pense que Parashqevi se laisse malmenée par manque de caractère : elle ne s’arroge jamais le droit de s’insurger. Puis on comprend qu’elle doit, au contraire, être trempée dans l’acier pour ne pas aller se jeter sous les roues de premier véhicule qui passe en bas de chez elle. (Evelyne Noygues à Paris)

 

Elvira DONES : Une petite guerre parfaite

Roman traduit de l’italien par Leïla PAILHES

En octobre, le nouveau roman d’Elvira DONES, Une petite guerre parfaite, nous entraîne sur les pas de trois jeunes femmes coincées dans un appartement, à attendre. Nous sommes au Kosovo, en mars 1999 et les bombes pleuvent sur Prishtina.

 

Le mot de l’éditeur : Métailié

La ville de Prishtina est encerclée par les Serbes, personne ne bouge. Dans les rues les milices ont carte blanche. Plus d’électricité, plus d’eau, plus de téléphone. À la télévision, la propagande bat son plein. Vivre ou mourir, ça n’a plus grande importance, mais on voudrait que ça arrive vite.

À l’étranger, les exilés kosovars sont isolés au milieu de gens insouciants et futiles, dans le monde de l’abondance et des crèmes antirides. Ils regardent à la télé cette « petite guerre parfaite », une guerre propre et sans bavures qu’on mène depuis le ciel à coups de délicates frappes chirurgicales. Dans un style sobre et intense, Elvira Dones donne la version des assiégés, qui écoutent tomber les bombes envoyées par leurs sauveurs.

Elvira DONES est née à Durrës et a grandi à Tirana, en Albanie. Elle quitte l’Albanie en 1988 et s’installe en Suisse, où elle écrit plusieurs romans, nouvelles et scénarios. Elle vit désormais en Californie. Elle a publié Soleil brûlé en 2005 aux éditions Anne Carrière.

Le point de vue d’une lectrice

Volontairement provocateur, le titre du nouveau roman d’Elvira Dones est une affirmation difficilement recevable dans des sociétés comme les nôtres qui se pensent pacifiées et où la guerre est perçue "comme une abomination". L’originalité du roman est d’explorer la façon dont s’entrelacent les destinées de plusieurs femmes, dont le lecteur fait connaissance au moment où leur vie bascule, dans la violence, la peur et le courage.

En choisissant de mettre en scène des personnages s’étant retrouvés ensemble du premier au dernier jour des bombardement de l’OTAN à Prishtina, on a l’impression que l’auteure s’attaque à un tabou en s’approchant le plus près possible de la mort... Comme dans chacun de ses roman, Dones n’hésite pas à asséner un coup de point virtuel à ses lecteurs pour mieux les capturer et les captiver à la fois...

Ce livre invite à la réflexion sur la place de la guerre dans le monde actuel. Comme le fait remarquer Elvira Dones dans a postface, le conflit au Kosovo a inspiré de nombreux écrits depuis 1999. Loin des clichés, elle tente de rendre sensible les effets de la guerre sur les corps et les esprits.

La construction ambitieuse de ce roman croise habilement les vies et les époques. Elle fait de cette histoire romancée à l’écriture fluide un véritable page turner... (Evelyne Noygues à Paris)

 

Remerciements aux éditeurs : Robert Laffont, Rivages, Non Lieu, Métailié, Ovadia, Intervalles et Books Edtion pour leur aimable concours.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 801292

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site ECRITS...  Suivre la vie du site Parutions   ?

Tous droits réservés © 1997-2017 Albania
Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC
sur la ferme à SPIP de DnC développements sites et eCommerce