Albania

Expérimentation participative : les citoyens invités par le PM d’Albanie

Paris : Cité de l’architecture – Dimanche 28 février 2016

vendredi 4 mars 2016 par Evelyne Noygues , en

A l’invitation de la Cité de l’architecture et du patrimoine, le studio 5N4E dirigé par les architectes Johan Anrys et Freek Persyn, a introduit à un public parisien l’expérimentation d’un nouveau type conduite au sein du bâtiment historique qui abrite à Tirana les bureaux du PM et du gouvernement.

Dans le cadre de la plateforme de création architecturale, un espace particulier de Cité de l’architecture animé par 54N4E, les invitées : Falma FSHAZI, directrice du Centre pour l’Ouverture et le Dialogue (COD), et Anri SALA, artiste de renommée internationale, ont présenté le projet.

Qu’est-ce que le Centre pour l’Ouverture et le Dialogue (COD) ?

Il s’agit d’une expérimentation, d’un nouveau type d’institution gouvernementale. Ouvert en juillet 2015 à Tirana, en Albanie, dans les bureaux du Premier ministre albanais Edi Rama – un bâtiment jusqu’alors inaccessible au public – le COD est un espace où la culture, l’art, le développement urbain et la politique se croisent, un point de rencontre et de dialogue, un espace déroutant et ouvert à tous.

Le bâtiment qui abrite les bureaux du PM et du gouvernement date de 1939. Il fait partie d’un projet conduit par l’architecte italien Gherardo BOSIO (1903 – 1941) qui est connu pour avoir conçu la Casa del Fascio à Tirana en 1939-40. C’est à cette époque qu’une équipe d’architectes, d’ingénieurs et d’artistes développent un plan urbain de la capitale albanaise sous l’autorité de l’Italie mussolinienne. Sur la via del Imperio, dénommée le boulevard des Martyres dès l’avènement du régime communiste au début des années 40, « se dessine une conception du pouvoir et de la société, avec la vision d’une nation symbolisée par la place du leader à la tête d’une société militariste », comme le rappelle la directrice du COD dans sa présentation à la Cité de l’architecture à Paris.

Même si les enjeux et les hommes au pouvoir changent en Albanie avec l’arrivée des communistes à la fin de la Seconde guerre mondiale, le bâtiment conserve, lui, la même symbolique du pouvoir entre les dirigeants et la société. Fermé au public, il est ceinturé d’une grille en fer forgé quel que soit le pouvoir en place : l’occupant fasciste, le PC... et la nouvelle démocratie qui s’est frayé un chemin à partir de 1992. Il faudra attendre 2015 pour que cette barrière symbolique entre la société et le pouvoir soit abolie.

L’architecture et l’art comme « agitateurs d’idées »

Le 30 mars 2014, un projet voit le jour d’ouvrir le bâtiment au public en empruntant plusieurs voies.

Tout d’abord, il est question de digitaliser un fonds photographique important et de le mettre en ligne via Internet. Ensuite, une bibliothèque est destinée aux employés des services du PM et aux citoyens autour de quatre grandes thématiques : les lois et décrets parus au journal officiel albanais depuis sa création, les questions administratives et de relations internationales, un fonds documentaire sur l’Union européenne et, enfin, le domaine de l’architecture urbaine. Enfin, un espace d’exposition pour les artistes est prévu au cœur même du bâtiment.

Le 8 juillet 2015, la façade s’orne d’une marquise conçue par Philippe Parreno et composée de tubes lumineux sur une structure métallique d’une superficie de 1200 x 400 x 83 cm. Figure majeure de la scène artistique française et internationale, il doit sa renommée à une œuvre protéiforme et souvent éphémère qui remet en question les formats d’exposition et la nature des images. En s’inspirant du cinéma comme de la télévision, du théâtre comme du spectacle, Philippe Parreno élabore différents dispositifs pour construire des situations, pour concevoir des lieux à traverser, pour créer des trames qui interrogent, simultanément, le statut de l’œuvre d’art et celui de l’exposition

Entre janvier et juillet 2015, l’équipe du COD a peu de temps pour mettre une exposition et d’entamer un dialogue avec tous les partenaires. « Tout est à construire... », comme le fait remarquer Falma Fshazi, pleine d’enthousiasme et en même temps consciente des responsabilités engagées.

Le bâtiment de PM est chargé d’histoire. Il est dévolu au pouvoir et au cérémonial qui l’accompagne. Des fonctionnaires y travaillent. Des délégations étrangères y sont reçues. Quelle place l’art et la culture peuvent-ils s’approprier dans un délai si court ?

Le pouvoir discret du processus et l’interaction avec les architectes

L’équipe projet s’intéresse au salon d’honneur pour le transformer en espace d’exposition et d’échanges.

Cette pièce est équipée d’un rideau installé sur une glissière qui permet déjà d’habiller ou non les quatre murs. Les artistes vont jouer à la fois avec ce rideau et la structure métallique du plafond laissée apparente, pour créer un espace ouvert de liberté. Du « pouvoir » à … « pouvoir »... les visiteurs vont investir le lieu sous de nouveaux hospices. Un espace de dialogue est également aménagé comme en cube en bois qui accueille rencontres, débats, projections … dans un espace ressemblant à une mini agora.

Anri Sala, un artiste contemporain albanais qui s’est fait connaître par ses vidéos, souligne combien il est intéressant de repenser les espaces porteurs de pouvoir, comme le salon d’honneur des services du PM, pour les repenser comme des espaces d’échanges et de découvertes en y apportant une scénographie ou en jouant avec les volumes avec l’installation de rideaux qui vont créer des espaces confinés dédiés à des activités ponctuelles : expos, réunions, lectures, etc.

Comprendre les contraintes d’un univers administrative

Un lieu de pouvoir comme les services d’un PM à Paris, Berlin ou Tirana, n’est pas anodin. Quel que soit la capitale, il existe une complexité des enjeux politiques et des mentalités que l’équipe projet s’est attachée à saisir à travers ses codes dans toute leur hétérogénéité afin de ne pas limiter cette expérimentation à une simple vitrine du pouvoir en place. Les hommes passent mais le pouvoir demeure. Comment adopter une démarche d’une véritable ouverture ?

En créant des événements, en organisant des débats, en accompagnant l’ouverture des mentalités pour que la nature des rapports entre les citoyens et le pouvoir changent.

Pour Anri Sala, l’expérimentation conduite par le COD est là pour accompagner la démocratie. A la différence de la mise en couleur des façades de Tirana par le maire de la ville, Edi Rama, dix ans plus tôt, la nature intrinsèque du projet a changé. Il n’est plus question d’utiliser la couleur pour produire un désir de changement, mais bien cette fois-ci de susciter la réappropriation d’un espace de pouvoir pour engager un dialogue au quotidien avec la société dans un espace repensé par des architectes et une médiation apportée par les artistes.

A ma prochaine visite à Tirana, en qualité de citoyenne du monde, gageons qu’un bouton « LIKE/UNKIKE » à l’entrée de cet espace permettra aux visiteurs d’avoir aussi leur mot à dire.

copyright©www.association-albania.com

Toute l’actualité sur les artistes et les expositions programmées par le Centre d’ouverture et de dialogue : http://cod.al/en/?page_id=7

Contact : cod@kryeministria.al

Pour info : http://www.51n4e.com

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