Albania

Entretien avec Gani JAKUPI : "Jour de grâce" et "Les Amants de Sylvia"

SALONS DU LIVRE DES BALKANS 2010, 2011, 2012, 2014 à PARIS

mercredi 15 juin 2011 par Evelyne Noygues

Créateur aux multiples facettes, scénariste de BD, illustrateur de ses propres albums et scénariste pour d’autres auteurs, compositeur, photographe, écrivain… Gani Jakupi était l’invité de la seconde édition du Salon du livre des Balkans, organisé les 25 et 26 juin 2011, par « Le courrier des Balkans » et l’association « Albania » au Théâtre de la Grande Comédie à Paris.

Gani Jakupi a accordé a une longue interview à Albania. Après le 1er épisode sur la BD, suivi d’un "spécial : "Le roi invisible" et "Matador", l’auteur d’origine du Kosovo parle de "Jour de Grâce" et "Les Amants de Sylvia"... Photo©Evelyne Noygues

INTERVIEW - 3ème partie : "Jour de grâce" et "Les Amants de Sylvia"

20. Dans "Jour de grâce", publiée en février 2010 chez Dupuis, un petit délinquent est traité plus de bas par son oncle, un homme mystérieux. Peut-on y reconnaître en lui la personnification d’une partie des dirigeants qui ont provoqué l’éclatement de la Yougoslavie ?

Gani JAKUPI : Oui, effectivement, j’ai commencé à écrire le roman (publié d’abord en espagnol) au début des guerres yougoslaves. Il y a beaucoup des relations « incestueuses » yougoslaves qui se reflètent dans ce huis clos très noir. Autrement, les rapports de force entre le pouvoir établi et les identités écrasées sont le reflet de ce qui s’est ou se passe dans beaucoup de pays de l’Est, je trouve.

 

21. Un des thèmes de votre œuvre semble être la manipulation. Pourquoi ? Y en a-t-il d’autres dont vous traitez plus que d’autres ? Lesquels ?

Gani JAKUPI : Même si la manipulation est le leitmotiv de l’album "Les Amants de Sylvia", elle n’est en fait qu’un leurre narratif... Je sais que ce concept titille l’imagination des lecteurs et exerce toujours beaucoup de fascination. Mais ce qui m’intéresse, c’est bien autre chose. Si la protagoniste (des Amants) tombe si facilement proie de la manipulation, c’est, paradoxalement, parce qu’elle a un caractère très fort. Elle est sûre d’elle-même, et encore plus de ses idées.

Les personnes convaincues de posséder la vérité sont beaucoup plus promptes à se faire avoir que les personnes qui doutent. Il est indéniable que Sylvia est la principale victime du complot contre Trotsky, mais moi, je vois même l’assassin comme une sorte de victime. La première fois que j’ai appris son histoire, j’en suis resté ébranlé. Une personne dotée d’une telle culture, d’une telle richesse spirituelle, et qui sacrifie tout dans un geste assassin, persuadé d’œuvrer au nom d’une idéologie ! D’ailleurs, plus une idéologie exige des sacrifices, plus on peut être sûr qu’elle est mise au service des intérêts personnels et inavouables.

"Les Amants de Sylvia" : elle avait deux amours : Frank Jacson et... Trotsky ! Il y a soixante-dix ans, le 20 août 1940, l’agent du NKVD Ramón Mercader assassinait Trotsky d’un coup de piolet dans la tête. Crime d’état, manipulation, affrontement idéologique, passion amoureuse forment la trame du roman vrai de l’assassinat de Trotsky ! - 4ème de couverture -

Gani JAKUPI : Je suis en train de travailler sur un projet, "Fosse commune", tiré de mon expérience dans le milieu des reporters de guerre. Il sortira dans la collection Noctambule au début du 2012. Un autre diptyque, dont le titre de travail est Comandante Yankee, est programmé pour la fin 2012 – début 2013, dans la collection Aire Libre (Dupuis). Il traite de la révolution cubaine. C’est un des grands mythes romantiques du XXe siècle. Et pourtant, il est truffé de mensonges et de mystifications. Quand je vous ai dit avant que je voulais lutter contre l’ignorance et l’oubli, comme vous voyez, je ne faisais pas référence uniquement aux Balkans.

Même si les livres de mon come-back récent se situent dans la littérature adulte, je ne renonce pas au segment « grand public ». La BD d’aventure est un véhicule formidable, et aucun genre n’empêche le développement des idées qui vont au-delà du simple amusement.

Dans une mini série que je suis en train d’écrire avec Marc N’Guessan au dessin, "L’âge du chien", chez Dargaud (sortie prévue en printemps 2012), je parle des remous sociaux, politiques et spirituels dans le Brésil de la fin du XIXs, tout en réalisant une sorte de « Peckinpah en BD »- selon la définition de l’éditeur.

22. Les images du réalisme socialisme imprègnent-elles vos œuvres ? De quelle manière ?

Gani JAKUPI : Là, franchement, vous me posez une colle ! Je n’ai jamais éprouvé le moindre intérêt pour ce courant politico- artistique. Mes passions visuelles sont accaparées par le post-impressionnisme, l’expressionnisme allemand etc. Mais je n’ose pas nier une éventuelle influence. Après tout, j’ai passé mon enfance à l’ombre de ses effigies !

Interview réalisée par Evelyne Noygues©2011 à l’occasion du Salon du livre des Balkans 2011.

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A lire également :
- Interview de Gani JAKUPI, invité du Salon du livre des Balkans (25-26 juin)
- Interview de Gani JAKUPI : 2ème partie sur "Le roi invisible" et "Matador"


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