Albania

« La valse du bonheur »... une histoire familière, par Ylljet Aliçka

Le roman

vendredi 28 septembre 2012 par en

Décembre 1985, anticipant sans le savoir « les futures conséquences » de la chute du Mur de Berlin, six citoyens albanais, quatre frères et deux sœurs de la famille Popa, dont l’origine était loin d’être « politiquement correcte » aux yeux du régime communiste, se réfugient à l’ambassade d’Italie de Tirana en demandant l’asile politique. L’état totalitaire albanais subit un vrai choc. Il s’agit d’un évènement sans précédent non seulement en Albanie, mais dans toute la zone des ex-pays communistes de l’Europe orientale.

Les six ne quitteront cependant l’ambassade que 5 ans plus tard, après de longues négociations internationales et une vie complètement isolée, sous une surveillance constante, logés dans deux pièces souterraines et alternant tour à tour : espoir, désillusions, rêves de « mariage à l’italienne » et souffrances psychologiques.

Durant ces 5 années, toutes sortes d’incidents banals se produiront entre les diplomates, les policiers italiens et les services secrets albanais.

Les deux nations (Italie et Albanie) s’affrontent tant sur le plan politique que médiatique. Il s’agit du deuxième cas de demande d’asile politique par une ambassade étrangère. Le premier fut le cas du cardinal hongrois Midszenty qui, après la révolution hongroise en 1956, trouva refuge auprès de l’ambassade américaine de Budapest pour en sortir seulement en 1971.

Finalement, en mai 1990, après de longues négociations internationales, la crise se règle positivement pour les 6 protagonistes et ils arrivent triomphalement en Italie.

Apres le scoop médiatique de leur départ, les six entrent dans les méandres d’autres calvaires : les procédures édictées par la bureaucratie pour le traitement des refugiés.

Au début, ils sont transférés dans un camp de réfugiés mais par la suite, à leur grande déception, ils seront logés dans un bâtiment communal, à la périphérie de Rome, isolés et malades dans la monotonie d’une existence et oubliés de tous.

Après une décennie en Italie le bilan est désastreux : un membre de la famille Popa se suicide en se jetant par-dessus bord d’un ferry entre Durres et Bari, un autre meurt des suites d’une querelle avec ses voisins, une sœur se met en concubinage avec un bûcher sénégalais, qu’elle a connu dans le camp des refugiés, troquant ses rêves de confort italiens pour une place rude de bûcheron en second, une autre sœur fait des séjours réguliers dans un asile psychiatrique… Reste, Ileana, âgée de 75 ans, qui réside dans une maison de retraite à Rome, avec des fortes problèmes de mémoire, et qui rêve en permanence de son mariage qu’elle aurait pu faire avec le policier italien qu’elle avait connu à l’ambassade d’Italie de Tirana.

Quant au dernier, Vangel, le frère ainé, il est rentré en Albanie. Au départ il loge dans l’une des cabanes en bois à l’abandon près de la plage de Durres, infestée de souris… puis trouve refuge dans une petite chambre des villas en dur et en tire l’idée que dans la vie il est « fortuné », philosophant sur l’idée simple que « la vie est plus belle dans une chambre de villa sans souris que dans une cabane en bois qui en est pleine ».

ÉPILOGUE

Vers le milieu des années 2000, au bas d’une page du journal Corriere della Sera furent publiées les récriminations d’une association culturelle dénommée « Giuseppe Dossetti – I Valori », demandant publiquement au maire Walter Veltroni d’« ouvrir une enquête interne afin élucider si des traitements incorrects avaient été infligés aux membres de la famille Tota ». Entre autres, l’association culturelle adressait aussi des critiques sévères au gouvernement italien car « … lors du transfert des membres de la famille Tota de leur lieu d’asile, les services sanitaires de la police avaient employé des injections afin de neutraliser d’éventuelles tentatives de résistance, ce qui avait eu pour conséquence que, en quittant les lieu, les membres de la famille Tota n’avaient même pas eu le temps d’emmener leurs effets personnels ! ». « Encore douze ans après leur arrivée en Italie – s’étonnait l’association dans l’article du Corrierre della Sera – personne ne se préoccupait d’offrir à la famille Tota une solution convenable et digne, ou de lui assurer un quelconque soutien de la part des services sociaux territoriaux. Par conséquent, ce qui était un sujet à caractère politique et social a étrangement été transformé en trivial problème d’ordre public ».

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