Albania

Le jeu, la chute du ciel, de Bashkim Shehu suivi d’un récital de Marie-Ange Nguci

vendredi 6 juillet 2018 par Evelyne Noygues , en

En ce début juillet, une très belle soirée est venue clôturer la saison parisienne des temps forts de la culture albanaise en France, au cœur du Quartier Latin.

Sous les lambris du Grand Salon de l’université de la Sorbonne, l’ambassadeur Dritan Tola et le recteur d’académies et chancelier des universités de Paris, Gille Pécout, ont accueilli un public ravi venu écouter un entretien littéraire avec l’écrivain Bashkim Shehu, animé par Frédéric Mitterrand, suivi d’un prodigieux récital de la pianiste Marie-Ange Nguci.

La conversation entre Bashkim Shehu et Frédéric Mitterrand a porté sur son roman « Le jeu, la chute du ciel » [Loja, shembia e qiellit, Toena, Tirana, 2013] traduit par Michel Aubry en collaboration avec l’auteur et publié par Les Éditions des Quatre Vivants en 2017.

Le roman a reçu une mention spéciale du jury du Prix de la Méditerranée 2018.

Dès la préface, Eric Naulleau souligne, quant à lui, combien « La réussite du roman tient également à un thème rarement exposé avec autant d’efficacité littéraire : la captation d’héritage du catholicisme par les dictatures communistes ».

Une lecture toute personnelle -extrait d’une recension publiée dans la revue « Orients » en octobre 2017-

Bashkim Shehu a raconté dans « L’Automne de la peur » (Fayard, 1993) comment son père avait été assassiné dans d’obscures circonstances. Dans « Le jeu, la chute du ciel », l’auteur – ancien détenu politique de 1982 à 1991 – relate les affres subies par un ancien codétenu du narrateur (l’un et l’autre doubles transparents de l’auteur, comme le relève Éric Naulleau dans la préface) dans les geôles barbares où la rencontre avec un prêtre catholique au nord du pays, interné comme lui, va transformer sa vie.

Pour nous conduire sur ce "chemin de croix"…, l’auteur suit les pas d’un soi-disant compagnon de relégation décédé, Aleks Krasta, qui lui a confié le récit de sa vie pour que le narrateur, son seul ami, écrive le livre qu’il n’a pas réussi à coucher sur le papier.

Le roman emprunte la forme de mémoires et dénonce la tyrannie d’un régime « capable de traquer un opposant imaginaire jusqu’après sa mort ». Bashkim Shehu prend à la lettre un pseudo testament spirituel de cet ami disparu qui a connu le père Shtjefën. Les parties ayant trait à l’histoire moderne des persécutions antireligieuses en Albanie s’appuient sur les souvenirs du Père Zef Pllumi, un prêtre martyr emprisonné par le régime communiste qui survécut à ses geôliers.

L’auteur présente cette expérience d’écriture comme un devoir douloureux. Est-ce véritablement la vie et la souffrance d’un autre que l’auteur raconte ou bien un procédé pour raconter l’indicible, « des expériences vécues aux confins de l’impossible » où « les suspects ne savent plus de quel crime s’accuser pour qu’on les laisse enfin en paix » ?

L’auteur fonde son récit biographique sur des dizaines de feuilles de notes que lui aurait laissées son ami. Comme il l’écrit : « nos rôles pourraient être échangés et le miroir de cette histoire de sa vie pourrait être transformé en une porte à battants où l’image sort du miroir : celui qui l’a regardée pénètre à l’intérieur, et inversement » (p. 118 de l’édition en français).

Au-delà de l’histoire tragique d’Aleks Krasta, c’est l’atmosphère de plus de quarante-cinq années de plomb (1944-1991) que décrit B. Shehu à travers son personnage laminé par le rouleau compresseur d’un appareil d’État qui détruisit la vie des plus misérables comme celles de ceux qui se croyaient intouchables mais qui se sont brûlés les ailes en côtoyant le Sphinx de trop prêt.

L’auteur dresse un portrait sans concession de l’autodestruction d’une société soumise corps et âme à un régime totalitaire impitoyable. ©EvelyneNoygues

Quelques mots sur Bashkim Shehu

Né à Tirana en 1955, Bashkim Shehu, fils d’un ancien premier ministre communiste contraint au suicide en 1981, poursuit des études de lettres avant d’être condamné à la prison politique à la suite du drame de son père. Libéré en 1991, il se dédie à la littérature et à la traduction.

Auteur de romans et de récits traduits en français, dont « L’automne de la peur » (Fayard, 1993), « Le dernier voyage d’Ago Ymeri » (L’Esprit des Péninsules, 1995), « Le piège » (Éditions Imprévues, 2015), Bashkim Shehu vit depuis 1997 à Barcelone.

Les Éditions des Quatre Vents

Fondées par les moines bénédictins de Mesnil Saint-Loup, les Éditions des Quatre Vivants écoutent dialoguer des voix venues d’horizons variés : d’Europe de l’Est, des monachismes d’Orient et d’Occident, de juifs et de chrétiens dans leurs spiritualités et leur écoute de la Bible, d’artistes de la page et de l’image…

Au catalogue de la maison d’édition :
- Les anciennes tourelles des maisons de Troyes, Albert Babeau
- Confesser les péchés et confesser le Seigneur, Cesare Giraudo
- Mot à mot une vie dans le siècle soviétique, Liliana Lounguine. Récit recueilli par Oleg Dorman

La présentation par l’éditeur français du roman « Le jeu, la chute du ciel » est à retrouver sur son site ICI

*****

Quelques mots sur Marie-Ange Nguci

La soirée s’est poursuivie avec un magnifique récital de la pianiste Marie-Ange Nguci.

En juin 2018, Marie-Ange Nguci a été nommée par Vanity Fair parmi l’avant-garde française des moins de trente ans. Née en 1997, pianiste précoce d’origine albanaise, ses parents s’installent en France quand elle a 13 ans.

Après avoir décroché son baccalauréat à 14 ans, elle entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où elle obtient un master en seulement trois années, au lieu des cinq habituelles.

Prodige du piano, elle brille sur les scènes du monde entier, du Palais de l’Athénée de Genève au Royal Albert Hall de Londres, en passant par la Folle journée de Nantes et de Tokyo. Son premier album, En Miroir, sorti en novembre 2017, se présente également comme un voyage entre les grands compositeurs que sont Bach, Busoni ou Saint-Saëns. Une partition d’une incroyable exigence pour son âge.

Sans cesse curieuse aussi bien musicalement qu’intellectuellement, elle poursuit actuellement ses études en doctorat d’Interprète de la musique, ainsi qu’en master de Musicologie à l’Université de Paris-Sorbonne.

Pour en savoir plus, retrouver Marie-Ange Nguci sur le site de Vanity Fair : [Les 30 éclaireurs 2018 >-https://www.vanityfair.fr/pouvoir/m...]


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