Albania

Maks Velo : un précurseur de la modernité... et un éternel amoureux de Paris !

lundi 9 janvier 2012 par en , Evelyne Noygues

A l’occasion de la rencontre organisée à Paris, le 21 octobre 2011, par l’association culturelle "Albania", Maks Velo a présenté l’album "Paris" composé de poèmes et de dessins inédits, traduit de l’albanais par Evelyne Noygues. Il s’est également exprimé plus largement sur ses sources d’inspiration tout au long de sa vie artistique comme architecte, peintre et comme auteur d’essais, de nouvelles et de poèmes.

A lire également sur ce site, un interview en décembre 2017 : Paris : Maks VELO, un peintre écrivain prolifique

Un précurseur de la modernité

Comme le souligne Luan Rama dans son article Max Velo : « Intermezzo » entre poésie et pastels  : « Au cours de l’Histoire de l’Art, il est arrivé que des peintres soient devenus des poètes. Max Velo suit une tradition bien connue dans le monde artistique en France, celle des peintres écrivains. Lui pour qui la vie a été âpre -pas la vie mais le système politique- est un poète des mots et des formes, un artiste délicat. »

Velo, lui, déclare qu’il existe une unité de genre entre "Beaux Arts" et "Belles Lettres". Il esquisse un parallèle entre la poésie et le dessin, entre la peinture à huile et le genre littéraire du roman, entre la sculpture et l’art dramatique. Pour l’artiste albanais, la poésie est proche du dessin par la part de spontanéité qu’ils renferment tous les deux. Selon lui, le dessin est la poésie de l’art visuel...

Max Velo aime à faire partager les paroles du célèbre poète grec Yannis Ritsos sur son art : « La poésie parle à chacun au rythme particulier de la solitude qui est commune à tous. Elle représente un espace habité par la communauté humaine ». Déporté lui aussi pour ses convictions politiques (de 1948 à 1955), Ritsos est convaincu que la simplicité est l’aboutissement de toute construction humaine. L’importante production de cette époque sera en partie recueillie dans Veille, qui comprend aussi des poèmes plus anciens (1941-1953).

Pour raconter les années terribles, Velo a d’abord peint. Puis il a écrit plusieurs récits et nouvelles autour de son expérience de l’internement dans le camp de Spaç au nord de l’Albanie. Il publie :
- Kokëqethja – Tête rasée - Récits – Ed. Phoenix, Tirana, 1995 ;
- Palltoja i burgut – Le manteau de la prison - Récits, Ed. Phoenix, Tirana, 1996 ;
- Thesi i burgut – Le panier de la prison - Récits, Ed. Phoenix, Tirana, 1996. Quelques années plus tard se seront :
- Kohë antishenjë – Une époque anti-signe - Ed. Onufri, Tirana, 2000 ;
- Zhdukja e « Pashallarëve te Kuq » të Kadaresë – La disparition des « Pachas rouges » d’Ismaïl Kadaré - Ed. Onufri, Tirana, 2002 ;
- Kostumi i martesës – Le costume de mariage - Nouvelles, Ed. Onufri, Tirana, 2002 ;
- Esse për diktaturën komuniste – Essai sur la dictature communiste - botim 55 – 2003 en albanais et en anglais ;
- Historia e një copë guri – Histoire de pierre - Editeur : Sejko, Elbasan, 2006.

En France, Velo est connu pour un recueil de nouvelles : Le commerce des jours (Edition Lampsaque, Paris, 1998), et un essai : La Disparition des « Pachas rouges » d’Ismail Kadaré (Fayard, 2004).

Velo explique qu’avec les dessins et les poèmes de l’album Paris, il a voulu entrer dans le territoire le mieux défendu par la solitude. A ses yeux, c’est l’endroit le plus secret au monde où se cache la beauté de l’individu. Elle est comme un paradis qu’aucune force étrangère ne peut envahir. Le territoire de la solitude est comme un Etat souverain dans lequel elle est saine et sauve et a servi de refuge pour des milliards d’êtres humains tout au long de l’Histoire de l’humanité. Le terrain de la solitude est hors de portée des dictateurs.

Les dictateurs sont des monstres qui ont toujours voulu conquérir la solitude des êtres humains car ils y voyaient leur seul et plus terrible ennemi. Elle a été et est encore le plus puissant royaume des faibles et des humiliés. La solitude est une île protectrice face aux êtres consumés par la douleur.

La solitude est la "bastille" des artistes maudits qui n’ont jamais osé écrire, jamais osé publier, jamais osé espérer. Elle est la bibliothèque des livres jamais écrits, de poésies brûlantes déclamées une seule fois, des images jamais montrées.

Velo se livre plus que de coutume devant un public d’admirateurs venus nombreux à l’invitation de l’association Albania : "Ce qui me faisait le plus peur était que quelqu’un me dise : "Comment as-tu osé ?". Mais personne ne m’a demandé comment j’avais osé publier un livre sur PARIS. Le fait est que je n’y ai jamais réfléchi. J’en ai eu simplement envie. Alors si personne ne pose cette question, pourquoi devrais-je y répondre... C’était une envie forte qui venait de l’intérieur de mon être. C’était comme une prière, une espèce d’admiration irrépréhensible pour cette ville qui est un mystère. Un de ces véritables mystères de l’humanité. Paris est le panthéon des tous les désirs réalisés des êtres humains. Paris est le panthéon de la solitude. Le panthéon de toutes les solidarités entre les hommes. Le panthéon de tous les courages. le panthéon des artistes.

Max Velo, un amoureux de Paris.

Depuis toujours, la magie de Paris enchante les écrivains. Max Velo ne fait pas exception à la règle. Ce Paris, livre d’artiste, est un hommage très original à la ville où il est né. Ici, Paris s’offre au regard du lecteur par les mots et les images. Celles que l’artiste a dans la tête. Conçu comme un tribut appuyé, cet album-recueil résonne comme une sorte d’appel à la vie, de cri d’amour, dans lequel, au fil des pages, on découvre la tendresse que l’artiste ressent pour la Ville Lumière dans laquelle il fait « escale » régulièrement depuis près de quinze ans.

Le recueil Paris de Max Velo rassemble 70 dessins noir et blanc, achevés entre 1992 et 2009, et 34 poésies en albanais, traduites en français par Evelyne Noygues. L’auteur a porté une attention particulière à la réalisation de l’édition tant au niveau de la couverture qu’à celle de la qualité des reproductions de ses dessins.

Dans ses poèmes et ses dessins, Max Velo suit souvent les bords de Seine qu’il parcourt de long en large. Dans « Paris », « La Seine/s’élève/elle flotte sur les nuages ». Dans « Tristesse », « une corde qui se détache/des anneaux de la Seine/et tombe dans l’eau/l’embarcation la nuit l’attire doucement à elle. ». « La Seine soigne le dos de Paris qu’elle masse avec douceur ».

Les ponts aussi jouent un rôle important. « Les ponts de Paris sont/comme les belles/jambes/d’une femme/qui trempent dans la Seine/la jupe relevée/au dessus/des arches des ponts ». Dans « Pluie à Paris », « Sur les ponts/comme posés par ma main/des nuages bas/couleur de plomb. ». Max Velo le dit dans « L’hiver septentrional » : il a « trouvé le bleu/simplement en entrant dans les musées ».

Et puis, « Sous les couvercles métalliques/accrochés au dos de la Seine/la plus petite échoppe au monde,/mais aussi la plus noble,/avec des livres pressés/qui arrivent à peine à respirer,/alignés en rangs,/comme un régiment pour l’hymne national. », le poète s’arrête un instant devant « Les bouquinistes de la Seine ».

Max Velo croque les quais, les berges, le fleuve qui bouillonne. Il s’attarde le long du Louvre, fait un détour jusqu’à la pyramide et revient sur ses pas. Parfois, surtout dans les années 1990, il monte sur les buttes, comme à Montmartre, où il « cherche dans tous les troquets… les bohémiennes ». Il pousse aussi jusqu’à la Bastille, « forteresse fantôme qui n’a jamais existé ».

L’auteur albanais n’est pas insensible non plus aux travers de la vie parisienne. Dans « La ville de la solitude », il note que « Même dans la rue les êtres/marchent seul./Ils regardent droit devant eux/sans croiser aucun regard humain./ Chacun vit sa solitude,/la ville ne les réunit pas ».

Dans un autre poème « Dimanche à Paris », il regarde amusé : « Des Parisiens indifférents/empaquettent le dimanche/comme un gâteau,/et l’emportent à la maison ». Il n’est pas dénué d’humour envers les Français en général, dont il partage la nationalité. Dans « Vin-Egalité », n’écrit-il pas : « Dans la langue/de la Révolution/les Français traduisent/pain-liberté,/fromage-fraternité,/vin-égalité »…

Evelyne Noygues©2011

Lire également :
- Max VELO : « Intermezzo » entre poésie et pastels et
- Le "Paris" de Max VELO...


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