Albania

Ornela VORPSI : la littérature de l’indicible

Invitée - Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3

jeudi 3 août 2017 par Evelyne Noygues , en

Une écrivaine aux mille et une facettes...

Première auteure à être invitée par l’équipe d’universitaires de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3 qui publie la revue : "Littérature 21", Ornela Vorpsi s’est prêtée au jeu des questions-réponses lors d’une rencontre qui réunissait universitaires et chercheurs autour de la question du cadre narratif pour aborder l’indicible ou l’illisible dans la littérature.

Petit focus sur les concepts...

A la frontière de plusieurs langues, de plusieurs pays, de plusieurs frontières, comment la littérature peut-elle attirer le lecteur vers une lecture "autre" ? Sous n’importe quelle dictature, comment trouver à dire sans être arrêté par la censure ou l’auto-censure ? Comment brouiller la lecture pour être lu et compris entre les lignes ?

Voilà quelques-unes des questions que se posent les contributeurs à la revue : "Littérature 21". L’expression de l’oppression et de l’indicible oblige les écrivains a brouiller l’écriture textuelle de leurs poèmes ou de leur prose afin de briser les chaines des discours bienséants et normés.

Si les situations historiques sont différentes -la revue aborde les cas de l’Argentine, l’Espagne, l’Istrie... ou encore de la Palestine- , les perceptions littéraires des écrivains sont identiques : déracinement, dénonciation de ce qu’on subit au motif de la perte d’identité, nostalgie du pays perdu... Comment pratiquer l’illisibilité pour rompre avec le monde qui vous entoure.

La revue "Littérature 21" de ce printemps 2017 a pour dossier universitaire invité : Trieste autour du concept de trans-frontalité. Ville "invisible" car latine, italienne, autrichienne, slave, méditerranéenne... Les écrivains français qui l’ont aimée ont toujours mis en avant sa complexité.

Les facettes de l’indicible

Dans les ouvrages d’Ornela Vorpsi, on découvre des personnages qui n’arrivent pas à lire le monde ou, peut-être, qui le lisent mieux que les autres. Pour l’écrivaine, ce monde est lisible selon la personnalité et la sensibilité des lecteurs. L’illisibilité recouvre à la fois un critère de subjectivité et un caractère universel. Elle-même évolue dans un univers composé de quatre langues (albanais, italien, français, anglais) qui se contaminent les unes les autres. Si l’italien est plus "flexible", le français est la langue la plus "formatée", prend-elle le temps d’expliquer.

ÉCRIRE pour Ornela Vorpsi s’entend quelque part comme quelque chose de viscérale... à couper le souffle. Pour la créatrice qui a goûté à de multiples moyens d’expression tout au long de sa carrière : peinture, photo, vidéo, romans, les images peuvent à la fois éclairer les mots et brouiller les pistes.

Dans Tessons roses chez Actes Sud en 2007, elle évoque avec délicatesse les jeux sensuels entre petites filles.

 

Dans Tu convoiteras, paru chez Gallimard, elle traite de la question de la maternité se demandant si elle peut détruire les passions amoureuses.

En effet, on peut s’interroger : qu’est-ce qui est lisible ? Les images données à voir par les mots ou le récit ?

La langue... cet animal sauvage !

Le corps est très présent dans l’œuvre de l’écrivaine. Comment lire quelque chose que l’on ne peut pas déchiffrer par l’intellect mais plutôt par le corps ou l’oralité ? Pour elle, le corps est de facto présent à tout moment de notre vie. Nous vivons dans un corps, notre corps... et c’est la forme la plus vivante de notre existence !

Comme elle le dit si bien elle-même, cela représente aussi une réaction à son désarroi devant l’art contemporain. Formée aux Beaux-arts à Tirana puis, à partir de 1991, à Milan, elle réside à Paris depuis 1997.

Vorpsi est une écrivaine d’expression albanaise, italienne et française. Ses ouvrages sont traduits en une quinzaine de langues et elle n’hésite pas à dire que la langue albanaise lui échappe alors que cela fait plus de 25 ans qu’elle a franchi les frontières de son pays natale. Pour qui écrit de manière viscérale, la langue jaillit comme une sauvage avant qu’elle puisse la capturer, l’apprivoiser, la maîtriser -pas toujours-.

Écrire... c’est ma patrie

Avoir quitté l’Albanie a été une expérience qui l’a marquée profondément. Elle se sent en mouvement entre les pays, entre les langues, entre personnes déracinées ... sans pour autant vouloir se fixer dans un endroit ou dans une langue.

Ouvrages disponibles en français :

- Le pays où l’on ne meurt jamais, Actes Sud, 2004
- Buvez du cacao Van Houten ! , Actes Sud, 2005
- Tessons roses, Actes Sud, 2007
- Vert venin, Actes Sud, 2007
- Ci-gît l’amour fou, Actes Sud, 2012
- Tu convoiteras, Gallimard, 2014

Propos recueillis et mis en forme par Evelyne NOYGUES.

CLIQUER sur les images en portefolio pour les ouvrir en grand.


Portfolio

Forum

Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 780390

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site ECRITS...  Suivre la vie du site Lectures   ?

Tous droits réservés © 1997-2017 Albania
Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC
sur la ferme à SPIP de DnC développements sites et eCommerce