Albania

Présentation de l’édition française du roman "Les étrangers" d’Ylljet Aliçka

par Ornela Todorushi

samedi 4 décembre 2010

Jeudi 14 octobre 2010, le groupe de traduction de la Commission Européenne a organisé, en collaboration avec l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), une nouvelle rencontre consacrée aux échanges culturels entre les pays européens. Cette soirée a été l’occasion pour l’écrivain albanais Ylljet Aliçka, invité d’honneur de la Maison d’Europe, de promouvoir "Les étrangers" (traduction de "Rrëfenjë me ndërkombëtarë") dont la traduction en français vient de paraître aux éditions Pyramidion.

C’est une salle, où s’étaient donnés rendez-vous les passionnés de la culture albanaise, qui a reçu les vœux de bienvenue de Mme Catherine Lalumière, Présidente de la maison de L’Europe.

L’ancienne députée européenne a témoigné brièvement, en guise d’introduction, de son expérience en Albanie, dès le début des années 1990 à l’aube du pluralisme politique. Elle a souligné l’accueil chaleureux de la part des milieux culturel et politique albanais et du président de l’époque Ramiz Alia, qui tous exprimaient leur volonté d’intégration européenne.

La présidente de la délégation européenne, Mme Anne Houtman, présidente de la délégation de l’Union Européenne en France, s’est félicitée que l’Albanie ait obtenu le statut de pays candidat officiel à l’adhésion à l’UE. Cette étape décisive sur le chemin de l’adhésion est le résultat des efforts économiques et politiques du gouvernement et de la société albanaise, légitimée par une proximité « géographique et culturelle ».

La société albanaise : un curieux laboratoire d’observation

Ardian Marashi, spécialiste de la littérature albanaise et maître de conférences à l’Inalco, joua ensuite le rôle du modérateur éclairé. Après une présentation de la situation littéraire albanaise dans les années 1990 (avec la montée en puissance d’une kyrielle de petites maisons d’édition, couplée à une diffusion très restreinte), il évoque sa découverte, par hasard, de l’auteur Ylljet Aliçka, dont les récits « simples et profonds » se donnent chacun comme « un roman potentiel ».

Odile Daniel et Ardian Marashi

Ylljet Aliçka analyse sa naissance à la littérature comme une vocation tardive, qualifiant son premier recueil de récits Les Slogans d’expérience personnelle qu’il a "fictionnalisée" à la demande de l’éditeur d’une revue marseillaise. Et l’auteur de s’exclamer : « il m’a payé pour !!! ». Aliçka affirme être attiré par la traduction de la vie politique dans le quotidien. La littérature est vue avant tout comme un outil d’expression qui confère à son expérience une portée universelle. Certaines situations tout en étant absurdes peuvent paraître parfaitement naturelles à ceux qui les subissent dans un contexte donné, tel est le paradoxe que l’écrivain s’emploie à démontrer dans ses récits.

Dans un échange captivant entre Adrian Marashi et l’écrivain, il est apparu que, pour ce dernier, la littérature par nature est une forme de prise de position qui n’impose aucune morale proprement dite. L’offre d’un texte est en soi un engagement, mais avant tout un engagement artistique qui propose l’œuvre au lecteur en lui laissant la liberté d’interprétation.

Ylliet Aliçka décrit ensuite, de façon très lucide, la perte des repères et d’un grand nombre de valeurs dans la société albanaise qu’il considère de ce point de vue comme un vrai laboratoire, sociologiquement et littérairement parlant. Il observe notamment une soif de repères spirituels : non seulement les confessions traditionnelles retrouvent leur place dans la société mais le pays est assailli par toutes sortes de sectes. Après un demi-siècle d’athéisme inscrit dans la constitution, après le règne de l’idéologie, la religion semble occuper une place de plus en plus importante. Il s’agit là d’une évolution intéressante pour l’homme politique et pour l’écrivain ! Cette évolution n’inquiète guère Aliçka, confiant dans la « maturité historique »de son peuple apte à « absorber les incidents potentiels ». La tolérance religieuse est une des valeurs phares de la culture albanaise, en totale adéquation d’ailleurs avec les valeurs européennes.

Les étrangers : roman ou témoignage ?

Concernant Les étrangers, l’auteur rappelle ses nombreuses années d’expérience dans les institutions internationales où il a pu côtoyer les représentants de nombreux pays étrangers. Son concept d’ « étranger » est riche et complexe. Il signifie l’extraordinaire, la liberté, mais aussi la soumission, car si l’hospitalité, valeur albanaise accomplie, honore les hôtes, elle se transforme parfois en soumission envers les étrangers. Les diplomates du livre posent sur l’Albanie un regard condescendant et suffisant conforté en cela par la servilité des autochtones.

de gauche à droite : Ylljet Aliçka, Mmes Catherien Lalumière, Anne Houtman et Odile Daniel

Odile Daniel, géographe et historienne des Balkans, professeur émérite à l’Inalco et traductrice du roman, exprima son enthousiasme et son plaisir à traduire le roman. Elle y a apprécié l’humour, l’ironie et la position de retrait de l’auteur qui ne se pose pas comme un narrateur omniprésent, mais s’attache à souligner l’absurde de la situation dans son récit pour dépasser le simple témoignage. Mme Daniel a aussi fait part, sans détour, de quelques unes de ses interrogations sur son travail de traduction. Dans quelle mesure sa connaissance et son amour pour la culture albanaise ont-elles influencé le processus de traduction ? Doit-elle se poser du côté de la culture cible, adapter le récit pour un public français qui méconnaît l’Albanie ou bien rester fidèle à la culture source ? Ylljet Aliçka salue sa profonde connaissance du pays et souligne la bonne étoile de la littérature albanaise, traduite en France par de grands professionnels. Pour Aliçka, la France demeure un pays curieux et ouvert, « le bastion de la culture qui résiste ».

La soirée a été ponctuée de la projection d’un extrait du film Prière d’amour, dont le scénario est une adaptation par l’auteur lui-même d’une de ses nouvelles, suivie de la lecture d’extraits du roman Les étrangers, et d’une discussion passionnée avec le public qui se prolongea tard dans la soirée.

Lire également : Soirée littéraire albanaise, jeudi 14 octobre 2010


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