Albania

Recueil de Xhevahir Spahiu : "Laisse aller le cerf, Artémis."

mardi 20 septembre 2011 par en

Dans une traduction d’Alexandre Zotos, spécialiste des civilisations balkaniques et auteur de plusieurs anthologies sur la littérature albanaise, la Maison de la Poésie Nord Pas-de-Calais publie, dans le cadre de sa collection de poésie européenne, un recueil de Xhevahir Spahiu : Laisse aller le cerf, Artémis.

Grande voix de la poésie contemporaine, Xhevahir Spahiu se consacre aujourd’hui tout entier à son œuvre encore hantée par la culpabilité et le poids d’un pays sous le joug …

 

 

Laisse aller le cerf, Artémis,

retient cette flèche.

 

La biche, sous sa robe de veuve,

est là, depuis toujours,

derrière le tilleul,

qui attend.

Xhevair Spahiu

 

 

PRÉFACE par Alexandre ZOTOS

Notre histoire

Nous sommes passés comme la foudre sur le fil de l’épée.

Puis l’épée, à son tour, a passé sur nos têtes.

La poésie de Xhevahir Spahiu s’impose d’emblée par la passion, la jeunesse et la santé qui l’animent. On la dirait en symbiose avec les éléments naturels, au diapason des forces qu’ils recèlent et fécondent. Signes, à ce titre, d’un « être-au-monde » aussi conscient que viscéral, la plupart de ses poèmes semblent partir d’un choc émotionnel, d’une réaction immédiate, mais qui ne va pas sans enclencher des interrogations et considérations diverses.

Ces échos en chaîne passent en nous par le biais essentiel du rythme et de la scansion. Amoureux, comme Baudelaire, des musiques sonores, Xhevahir Spahiu répercute les siennes au travers d’une écriture où prévalent le mètre et le poème courts, la parataxe, l’ellipse et la syncope, les pointes, les raccourcis, les attaques ex-abrupto, les ruptures, les relances, jusqu’à l’accord final, presque toujours plaqué sur le mode majeur. Adepte d’une sorte de poésie « coup de poing », il érige le laconisme en éloquence. Aussi les métaphores sportives ou qui touchent à la danse — bonds, pirouettes, contre-pieds, etc. — ne sont-elles pas moins de mise, ici, que les métaphores musicales : pour autant qu’elle relève de l’un et l’autre registre, l’expression « poésie swing » serait peut-être même plus adéquate que la précédente.

Ce phrasé enlevé, parfois brusqué, propre au style de Xhevahir Spahiu, s’étend tout aussi bien à la partie réflexive ou méditative de ses écrits : plutôt en effet, que d’instruire ou prêcher doctement le lecteur, il l’interpelle, l’avise de tels sujets d’étonnement ou d’indignation, remet en cause les apparences trompeuses, les certitudes arrêtées et autres idées reçues. Continûment sur le qui-vive, il n’a de cesse de relever — fût-ce en s’auscultant lui-même — toute forme ou figure d’ambivalence, de paradoxe, d’inversion ou d’exclusion, tout rapport d’échange, d’équivalence, de concurrence ou de complémentarité.

C’est dire que sa perception du monde obéit comme à une loi foncière de la contestation, mais aussi des alternatives ou compensations. On soupçonne fort, là-dessous, un rêve, une exigence d’harmonie, le besoin de résoudre les antagonismes et discordances qui affectent le monde des humains, ou d’en jouer, de s’en accommoder au mieux. Et sont convoquées, à cet effet, toutes les énergies affectives et spirituelles dont le poète, indissociable de l’homme Xhevahir Spahiu, est capable : on le sent, à chaque prise de parole, qui se livre sans réserve.

Ces élans, ces véhémences le cèdent parfois à des tendresses, des notes intimes, des fragilités peut-être, et là réside bien la marques la plus évidente de son langage poétique : la gravité morale et intellectuelle d’un esprit conscient des périls de tous ordres qui nous cernent, s’allie, sous sa plume, à la spontanéité d’une nature ardente et généreuse, parfois même primesautière, irrépressiblement juvénile.

Xhevair Spahiu


Note sur l’auteur et le présent recueil

Xhevahir Spahiu est né en 1945 à Malind, village de la province du Skrapar, dans l’Albanie du Sud, au pied du mythique et mythologique mont Tomor. Il a exercé le métier de journaliste et celui d’enseignant, tout en faisant partie du comité de rédaction de la revue Nëntori (Novembre).

Il a remporté deux fois le prix Migjeni (attribué par l’Union des Ecrivains) : pour Nesër jam aty (Demain, venant à vous), en 1987, puis pour Kohë e krisur (Un temps d’éclats), en 1991. Au recueil Heshtje s’ka (Il n’est pas de silence) est allée la palme des « Floralies Nationales » de 1989, et à Ferrparajsa (Un paradis d’enfer) le Prix national des lettres pour l’année 1994-1995.

Certains des textes proposés dans Laisse aller le cerf, Artémis (dans une version revue et corrigée), ont initialement paru dans Poésie 93 et le n° 17 de La Main de singe, ainsi que dans l’Anthologie de la poésie albanaise (Chambéry, éd. Comp’Act, 1998) réalisée par Alexandre Zotos.

A. Zotos

Bibliographie de Xhevahir Spahiu

Poésie

- Mëngjes sirenash (Matineés de sirènes), 1970.
- Vdekje perëndive (Mort aux dieux), 1977.
- Zgjimi i tellësive (Le réveil des profondeurs), 1979.
- Agime shqiptare (Aubes albanaises), 1981.
- Nesër jam aty (Demain, venant à vous), 1986.
- Heshtje s’ka (Il n’est pas de silence), 1989.
- Kohë e krisur (Un temps d’éclats), 1991.
- Ferrparajsa (Un paradis d’enfer), 1994, 1998, 2000.
- Pezull (En suspens), 1996.
- Rreziku (Danger), 2001, 2003 (éd. revue et augmentée).
- Tek rënia e fjalëve (A la racine des mots), anthologie établie par le poète kosovar Ali Podrimja, Prishtina, 1988.
- Xhevahir Spahiu, anthologie établie par le poète Bardhyl Londo, dans la collection « Poezia Shqipe », Tirana, 1990.
- Udha (La voie ouverte), 2 vol., Tirana, 2005. (Choix de l’auteur)

Recueils pour enfants

- Ti qytet i dashur (pour toi, ma ville bien-aimée), 1973.
- Zambakët e Mamicës (Les lys de Mamitsa ), 1981.
- Ekrani i kaltër (L’écran bleu), 1982.
- Kitarishtët e vegjël (Les petits joueurs de guitares), 1987.

Essais

- Dyer dhe zemra të hapura (Portes et cœurs ouverts), 1977.
- Bashkëkohësit (Nos contemporains), 1980.

Traductions

- Zemra pa mure, zëra nga bota (Des cœurs hors les murs, des voix planétaires), 1992.
- Këtej nuk kalon askush (Nul ne passe par là), 1997. Ce recueil est tout entier consacré au poète autrichien Hans Raimond.
- Përtej meje (Au-delà de moi-même), 1999.
- Zotit (A Dieu), 2004. Il s’agit d’un long poème composé en italien par Zef Serembe, auteur issu de la communauté arberèche (Italie du sud).

A. Zotos

- Laisse aller le cerf, Artémis. Xhevahir Spahiu. Poèmes traduits de l’albanais par Alexandre Zotos. Maison de la Poésie Nord – Pas-de-Calais.

Prix : 11 euros (édition limitée).

Xhevahir Spahiu et Alexandre Zotos étaient présents à Beuvry dans le cadre de Béthune 2011, Capitale régionale de la culture, du 24 au 29 septembre. Plus d’informations sur le site de la Maison de la Poésie Nord Pas-de-Calais

Alexandre Zotos et Véronique Trinel, Directrice de la Maison de la Poésie Nord Pas-de-Calais.

Dossier réalisé par Evelyne Noygues avec l’aimable concours d’Alexandre Zotos et de Véronique Trinel.


Documents joints

Biographie d’Alexandre Zotos

2 octobre 2011
Document : Word
24 ko

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